Le
loup (Canis lupus lupus) captif :
de la connaissance du monde propre à l’amélioration des conditions de
captivité.
http://www.nocturnia.fr/
Cette étude porte sur le
comportement du loup d’Europe (Canis
lupus lupus) en captivité et comporte deux phases : la comparaison de
6 meutes élevées dans des enclos de qualité différente ainsi qu’une étude
approfondie d’une meute en particulier. Ce travail a plusieurs buts :
apporter
des améliorations quant aux connaissances de l’animal et de son monde propre,
apporter des suggestions quant à l’élevage de l’animal en captivité.
Les analyses des activités
et de leur localisation dans les enclos sont menées au niveau de la meute ainsi
qu’au niveau individuel.
La comparaison
des différentes meutes montre que la qualité de l’enclos a une influence
remarquable sur les activités des animaux. Plus la qualité de l’enclos
augmente, plus la proportion du temps passé au repos est importante. La qualité
de l’enclos ne semble pas avoir d’effet sur la diversité comportementale. Seul
le type d’élevage et la gestion du groupe caractérisent cette diversité.
L’utilisation des indices de bien-être généralement évalués est discutée.
Quelle que soit la taille de l’enclos, les loups n’occupent pas tout l’espace
disponible. Généralement, les régions les moins fréquentées sont les régions
proches du public. Même dans l’enclos le plus petit, il existe des zones
sous-occupées par la meute. La présence du public est peut-être à l’origine de
cette sous-occupation de certaines régions. Des observations effectuées la nuit
sont nécessaires afin de corroborer cette hypothèse. Il est possible aussi que
le fait de ne pas occuper tout l’espace puisse procurer un choix à l’animal.
Dans ces conditions, l’animal peut modifier son occupation de l’espace en allant
dans une zone sous occupée.
Des études précédentes
réalisées sur des loups captifs montraient qu’il existait des associations
fortes entre les activités des loups et la localisation de ces activités, ce
qui avait permis de tester l’hypothèse d’acto-spatialité. Les régions de
l’enclos seraient chargées de significations pour les animaux et appelleraient
des activités particulières. A la différence de ces travaux précédemment menés,
aucune association particulière n’a été trouvée entre les activités et les
régions des enclos, et ce quelle que soit la saison des observations. D’autres observations et expérimentations sont
nécessaires afin de comprendre ces différences de résultats.
Une des meutes étudiées a pu être observée à différentes
saisons. Lors de nos analyses, nous avons constaté que des sous-groupes
instables existaient au sein de la meute, que ce soit au niveau des proportions
des activités ou au niveau des proportions de l’occupation des différentes
régions de l’enclos. Cette meute comprend des individus au tempérament
différent. L’analyse des liens entre les individus montrent qu’ils semblent
effectuer « des associations d’opportunités ». Les liens entre les
individus sont labiles et ne reflètent pas des catégories d’âge, de sexe ou de
statut. La période de reproduction pourrait être à l’origine de cette
instabilité et aurait un effet déstructurant au niveau des affinités. Une
re-structuration différente du groupe aurait lieu après la période des
accouplements. Il est aussi possible
que ces résultats soient dus au fait que le couple dominant ne soit pas le
couple fondateur de la meute.
Différents facteurs semblent
influencer les fréquences des différentes activités présentées par la meute. En
été, les températures sont élevées et le public est présent. On constate à
cette période que les activités d’attention et les déplacements diminuent et
que le repos augmente. Lors de la présence des louveteaux, il y a apparition de
nouveaux comportements (gémissements), ainsi qu’une augmentation de certaines activités
(jeux, transport de nourriture). Lors de nos analyses, on a constaté que
certains jours sont assez nettement marqués soit par le repos soit par les
activités alimentaires et la locomotion.
Les animaux n’ont pas des proportions stables de chaque activité au fil
des jours. Toutefois, certains jours consécutifs se ressemblent. Ce résultat
n’a pu être mis en relation avec des facteurs météorologiques ou externes (tels
qu’une forte affluence du public, les jours des repas).
Nos analyses montrent que
les loups occupent l’enclos de manière différente selon la saison. Différents
facteurs tels que la présence du public, la diversité de l’enclos (zones
d’ombre, hauteur), les interventions du personnel du parc peuvent être à
l’origine de ces modifications. Il existe aussi des variations quotidiennes de
l’occupation de l’espace. L’occupation de l’espace n’est pas stéréotypée.
Toutefois certains jours consécutifs se ressemblent. Aucun lien particulier n’a
pu être trouvé entre ces variations et des événements extérieurs ou des
facteurs météorologiques.
Une étude des réactions à la nouveauté a aussi été menée et a
montré que :
La composition de la meute a une influence sur les
activités des individus.
Suite à son introduction dans un nouvel enclos, la
meute a tout d’abord utilisé une petite partie de l’enclos puis a ensuite
utilisé l’enclos de manière plus homogène.
Une modification dans une région de l’enclos entraîne
un évitement de ce lieu. Cette zone est ensuite à nouveau investie.
Une technique
d’effarouchement (les fladeries) susceptible d’être installée dans les alpages
afin de protéger les troupeaux de brebis des attaques de loups a aussi été
testée lors de notre étude. Seul le mâle dominant de la meute s’est
montré actif lors de toutes les expérimentations. Les autres adultes ont eu des
attitudes allant de l’approche à l’évitement. Si les fladeries ne peuvent en aucun cas être
pensées comme un dispositif de protection efficace à long terme, la nouveauté
créée par la mise en place d’un tel système peut dissuader un prédateur
d’approcher à court terme.
PUBLICATIONS
Publication dans une revue internationale à comité de lecture
FREZARD, A. & LE PAPE, G. (2002). Contribution to the welfare of captive wolves (Canis lupus lupus). Comparison of the behavior of six packs; Zoo Biology, sous presse.
Communications orales dans des colloques
FREZARD, A. & LE PAPE, G. (2000). Amélioration des conditions de captivité du chat forestier (Felis sylvestris). Zoosciences. Amiens, Octobre 2000.
LE PAPE, F., FREZARD,A & MONTAUDOUIN, S. (2002). Le loup est-il un prédateur comme les autres ? Colloque d’histoire des connaissances zoologiques, Liège, janvier 2002.