Recommandations pour le maintien
de l'Ours brun (Ursus arctos) en captivité

Séverine Montaudouin & Gilles Le Pape - Février 2005

1. Équipement des enclos
2. Nourrissage
3. Composition du groupe
4. Note sur la pratique des «enrichissements »

Ces recommandations sont suggérées par les résultats des analyses de quatre années d’observations prolongées d’ours bruns en captivité. Ces résultats sont notamment exposés dans la thèse de S. Montaudouin : « Significations des activités des Ours bruns (Ursus arctos) en captivité : perspectives d’amélioration de leur bien-être. » - MNHN – Paris, Janvier 2005.

1. Équipement des enclos

1.1. Un grand bassin
La présence d’un grand bassin est fortement recommandée, notamment du fait du lien avec de meilleures relations entre les individus. En effet, les ours pourront s’y rafraîchir, nager mais aussi y jouer. Ne pas oublier de faire un côté en pente douce et rugueux surtout dans le cas d’animaux âgés.

Bassin_Coline

1.2. Les box
Laisser l’accès libre aux box, notamment pour l’effet que cela peut avoir sur les stéréotypies en diminuant les attentes des animaux. Ne pas rentrer les animaux la nuit si possible et laisser les box toujours ouverts.
Prévoir des box individuels (même si on laisse parfois la cloison ouverte) avec une auge pour l’eau.
Disposer des matériaux isolants tel que de la paille et une plate-forme de couchage un peu surélevée (pas plus de 20 cm). Prévoir des ouvertures sur l’extérieur telles que de petites fenêtres à barreaux pour la ventilation.
La surface recommandée (EAZA, 2001) pour les enclos intérieurs est de 12.5 m² avec au moins 2.4 m de large pour le plus petit côté.

1.3. Emplacements de repos
Il est souhaitable d’aménager quelques emplacements de repos, à distance les uns des autres et à distance des visiteurs avec une vue d’ensemble sur l’enclos ; ce sera en général le long d’une paroi. Par exemple, des plates-formes en bois, légèrement surélevées, sous lesquelles les animaux peuvent éventuellement se mettre à l’ombre ou se soustraire aux visiteurs en cas de besoin.

1.4. Végétation
Laisser des arbres non protégés (même si certains le sont) ou à défaut des troncs au sol et superposés en pente douce pour pouvoir y grimper aisément. Les remplacer éventuellement lorsque les troncs seront devenus lisses ou les entourer de corde. Disposer des supports rugueux pour se frotter le dos. La disposition de résine ou de certaines huiles (huile de foie de morue, essence de térébenthine) pourront éventuellement rendre ces supports attrayants.
Prévoir des surfaces herbeuses. En cas d’impossibilité, construire un grand bac dans lequel on sème de l’herbe car les ours broutent très volontiers. Planter des arbustes tel que le sureau (baies) et si possible des arbres fruitiers ou à fleurs. Prévoir des feuillages et/ou des écorces de pin non traités si aucun problème respiratoire ne se pose.

1.5. Le sol
Prévoir des rochers, des talus de terre dans lesquels les ours pourront creuser. Ne pas limiter leur champ de vision par des parties murées, prévoir des points d’observation avec vue au-delà des limites de l’enclos.

2. Nourrissage

Nourrir dès le matin et effectuer plusieurs distributions par jour, notamment du fait du lien entre le moment auquel sont exprimés les stéréotypies et le moment du nourrissage. Deux autres repas moins conséquents sont souhaitables sur le reste de la journée.

Il est très souhaitable de disperser la nourriture en petits morceaux du fait notamment de la liaison qui apparaît entre la localisation des stéréotypies et la localisation du nourrissage. De plus, les ours sont des animaux qui prennent plaisir à fourrager tout au long de la journée.

Laisser de la nourriture en excès, toujours afin de diminuer l’attente de l’animal. Les Ours bruns aiment ne pas consommer toute leur nourriture tout de suite, la laissant de côté et y revenant plus tard.

Varier les heures de nourrissage afin notamment que l’animal n’associe pas ses mouvements d’impatience à l’arrivée du soigneur..

Varier la nourriture. Essayer toutes sortes de fruits (même fruits secs) et de glands, des vers de farine ou des criquets, des os et des animaux entiers avec leur peau. Un jour de jeûne par semaine n’est pas souhaitable. S’il existe des problèmes de surpoids, préférer changer la composition ou diminuer les quantités. Distribuer de temps en temps des branches feuillues dans l’enclos extérieur.
Des petits murets dont les pierres ne sont pas jointes par du ciment afin que les ours puissent récupérer les insectes volants qui en fréquentent les anfractuosités.

3. Composition du groupe

Héberger plus de deux animaux ensemble augmente considérablement le risque d’agressivité ou de stéréotypies.
L’ours brun est au demeurant un animal assez solitaire. Il est donc a priori peu recommandé de placer deux adultes dans le même enclos, surtout lorsqu’il s’agit de deux mâles. Même deux frères peuvent entrer en conflit. Deux femelles, même mère et fille peuvent également avoir des conflits. La relation mâle/femelle hors période d’accouplements peut être moins conflictuelle sauf s’il y a plusieurs femelles. Il est donc important que les animaux aient la possibilité de se tenir éloignés les uns des autres s’ils le souhaitent. Il faut tenir compte d’une éventuelle dominance de l’un des deux animaux. Cela impose de prévoir notamment au niveau des installations une possibilité de retrait pour le subordonné si des conflits venaient à apparaître : tanière ou box dans lequel il peut se retrancher et sans pouvoir être agressé par derrière (Shepherdson, 2004).

Enfin, bien qu’il y ait peu d’études sur les effets de la consanguinité chez les ours, outre l’observation de la diminution de fertilité, il n’est pas souhaitable que des croisements hautement consanguins soient pratiqués, comme nous avons pu fréquemment en rencontrer dans les parcs de cette étude.

4. Note sur la pratique des «enrichissements »

A la suite d’observation du comportement des animaux, il peut être souhaitable d’introduire des éléments nouveaux ou des pratiques nouvelles. Enrichir un enclos c’est faire en sorte que les animaux y vivent bien. Il s’agit donc à la fois de laisser le choix à l’animal et de ne pas lui imposer des pratiques susceptibles de l’inquiéter (bruits incessants) ou de le frustrer (attentes). Il ne s’agit donc pas d’inciter l’animal mais plutôt de lui proposer. Il est important d’observer longuement les animaux lorsque l’on débute une pratique nouvelle ou que l’on introduit quelque chose de nouveau. L’enrichissement doit être modulable dans la mesure où « le mieux vivre » pour l’animal peut nécessiter le retrait de l’objet ou l’arrêt d’une pratique après l’avoir installée ou commencée.
Il est nécessaire en outre de tenir compte des individualités, une installation ou un enrichissement peut ne fonctionner qu’avec un des deux animaux en raison de goûts parfois très différents. Par exemple, l’introduction d’un nouvel aliment dans leur régime pourra intéresser l’un et pas l’autre. De même, les emplacements de repos pourront être utilisés par l’un et pas par l’autre. Ceci ne doit pas avoir pour conséquence la suppression de ces dispositifs.
Enfin, il se peut qu’il se passe un temps plus ou moins long avant que les enrichissements soient adoptés par les animaux. Il faut être patient et ne pas vouloir systématiquement que les animaux soient actifs ni qu’ils occupent la totalité de l’enclos.

Signalons enfin que nous avons proposé un mode de fonctionnement pour une commission Bien-être au sein de chaque parc animalier. Pour consulter ce document au format PDF (17 Ko), cliquer ici.