Qu’est-ce donc que la psychoéthologie ?

Il est possible de situer schématiquement les différentes approches du comportement animal dans trois grandes catégories :

pt une approche supra-individuelle, s’intéressant principalement aux populations naturelles et plus particulièrement à leur évolution dans le cadre de la sélection naturelle. Les travaux dans ce domaine sont regroupés sous les termes d’écologie comportementale (behavioural ecology).

pt une approche infra-individuelle, s’intéressant principalement aux mécanismes nerveux ou endocriniens sous-jacents du comportement. Ces travaux appartiennent essentiellement aujourd’hui au domaine des neurosciences comportementales.

pt une approche psychologique, au niveau individuel, dont les travaux appartiennent au domaine des sciences cognitives. C’est à ce dernier courant que se rattache la psychoéthologie, mais avec des particularités théoriques intéressantes…

La psychoéthologie se rattache philosophiquement à la phénoménologie, en ce qu’elle se propose de rechercher les causes du comportement « par l’étude des choses elles-mêmes » (Husserl). Cela se concrétise par une approche du comportement animal dans laquelle :

pt on ne cherche pas à expliquer le comportement par des causes externes, qui feraient de l’animal un objet, balloté par son environnement. Au contraire, l’animal est un sujet, et c’est sa relation subjective au monde qui permet d’expliquer ses comportements. On considère donc l’animal comme un sujet, agissant et désirant, dans un monde propre.

pt on ne regarde pas l’animal pour y trouver la vérification de concepts explicatifs préconstruits.

pt on doit pour comprendre un animal, commencer par « avoir la politesse de  faire connaissance » comme l’exprime V. Despret, c'est à dire entrer autant que possible dans son monde propre, comprendre ses attentes et ce qu’il connaît du monde, « apprendre à devenir sensible à ce à quoi est sensible l’animal qu’on étudie. »

Il s’agit donc d’une approche de la psychologie animale :

pt en rupture avec le behaviorisme : l’animal n’agit pas selon le stimulus, mais selon l’idée qu’il s’en fait, c'est-à-dire selon sa connaissance.

pt en rupture avec l’écologie comportementale en ce qu’elle propose des déterminants externes comme causalité du comportement.

pt en rupture avec le cognitivisme classique notamment :

pt en ce qu’il considère l’espace, l’environnement, comme quelque chose d’extérieur à l’animal.

pt en ce qu’il réduit l’activité cognitive à une computation de symboles. La notion de représentation par exemple ne nous paraît pas des plus pertinentes pour expliquer l’activité d’êtres sans langage.

Quelques propositions de la psycho-éthologie :

pt Au delà de la continuité zoologique, il existe une rupture homme-animal en ce qui concerne la cognition, principalement liée à l’absence de langage articulé comparable à nos langues naturelles, chez les animaux.

pt L’animal est un sujet, c'est à dire que ses relations au monde sont subjectives, qu’il les construit lui-même, principalement par ses actions.

pt L’animal ne vit pas dans un monde d’objets, mais dans un monde d'images, de significations.

pt Ces significations sont constituées progressivement par ses actions, comme une pelouse se transforme progressivement en chemin si l’on passe toujours au même endroit (Varela).

pt Ces significations aboutissent à associer un lieu à une attente de ce que l’on peut y faire (affordance).

pt Le désir, l’attente de consommation sont les moteurs des actions.

Quelques références bibliographiques

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